
Ce matin on quitte Vardo, direction Kirkenes, pour ce qui devait être notre dernier jour plein en Norvège des vacances.
Je ne sais pas pour quelle raison, je m’étais mis en tête lorsque j’avais planifié notre voyage qu’on était à 1h30 de Kirkenes alors qu’en fait, pas du tout, Vardo est à 3h30. A vol d’oiseau, objectivement il n’y a rien entre les 2 villes, mais comme il y a un gigantesque fjord à contourner…
En même temps, je n’avais rien lu d’extraordinaire à faire en tant que tel à Kirkenes, à part qu’on allait se trouver à quelques kilomètres à peine de la frontière russe ce qui me donnait envie d’aller y jeter un coup d’œil même si entre nous je me doute qu’on ne verrait rien de particulier.
J’avais lu que la tension était très forte à la frontière donc pas de photo, interdiction de faire des signes ou de parler de l’autre côté de la frontière, et que ça patrouillait de toute part. Bref, ce qui me donnait envie d’y aller était exactement ce qui donnait envie à Virginie de faire l’impasse dessus.
Aussi les 3h30 de trajet annoncés réglaient-ils le sujet. On n’aurait le temps de rien faire de toute façon. J’aurai bien vu également l’abri qui avait servi à la population pour se réfugier durant les bombardements, mais la seule visite était à 12h30 et on n’y serait jamais.
On est donc parti très à la cool sans se presser en se disant qu’on irait jeter un œil au musée de la guerre, puis qu’on irait direct au Snow hôtel qui en plus d’être notre hébergement ce soir cumule, rennes, husky et hôtel de glace. Ca ferait la maille pour notre dernier jour.
Seule petite envie du jour, voir des rennes sur notre chemin de retour en pleine nature parce que depuis le temps qu’on en parle on en a vu que 3 fois depuis notre arrivée.
Virginie prend le volant (elle aura conduit toute les vacances, chapeau), tandis qu’à la manière des guetteurs dans un bunker, chacun est chargé d’observer les plaines pour trouver nos rennes.
Après 1h de route, on est saumon (vous avez compris maintenant, cela veut dire qu’on n’en a pas vu). Noah a lâché l’affaire 3 minutes après le top départ pour se concentrer sur la fabrication d’une playlist que Virginie qui n’a pas mon indulgence musicale, exècre au plus haut point et ne se cache pas de le lui faire savoir. Paradoxe ultime propre aux femmes, alors qu’on a quand même la main sur ce qu’on écoute, Virginie laisse quand même la playlist tourner, y compris les 3 versions qu’il a mis de chaque chanson à des vitesses différentes. On perd donc sur tous les tableaux… L’art de râler sans prendre les mesures qui s’imposent pour supprimer les raison du râlage..Moi je m’en fous, je suis concentré sur mes rennes…

Alors qu’on vient de passer Vadso qui est le centre urbain le plus important du coin et qu’avec lui s’était envolé dans mon esprit mon espérance de voir des rennes, ne voilà-t-il pas qu’on en voit 2 sur le bas côté. A peine eu le temps de les voir. Aussi on décide de revenir en arrière pour les observer. Evidement, ils se barrent à la seconde où on revient donc la photo est pourrie, mais rennes… half Check !


On enquille le reste de la route vers Kirkenes quasiment sans arrêt. les panneaux sont toujours aussi déroutants en 3 langues… A l’approche de Kirkenes les signes de l’activité militaire près de la frontière sont de plus en plus présents. On traverse sur de longs kilomètres des zones interdites pour cause d’exercices de tir à balles réelles.


Kirkenes est en vue à 14h. pile on time. De premier abord, la ville semble sans grand intérêt architectural. On croit même – proximité de la frontière oblige – y déceler une influence russe austère.
Pas franchement emballés on va au musée de Varanger qui ferme à 15h, soit dans 45 minutes. la jeune fille à l’accueil très sympa nous laisse rentrer sans payer. La première et en réalité quasi unique salle du musée est construite autour d’un avion qui s’est écrasé durant la guerre.
Au départ, comme pour Kirkenes, la première impression est mitigée. Le peu de texte explicatif est en norvégien. Parfois il y a un bout d’Anglais mais ce sont des traductions de poèmes tant est si bien que je ne saurai même pas vous dire de quelle nationalité est l’avion qui trône au milieu de la salle. Le reste est un empilement pêle-mêle d’objets divers allant de combinaisons, masques à gaz, vielles machines à écrire, armes, affichettes de propagandes. Torpilles, télégraphe…
Et puis, en restant un peu vu que rien d’autre de spécial nous attendait, on finit par s’imprégner des lieux, à s’attarder sur tous ces objets qui ont une âme et on ressort de ce musée avec une certaine émotion qui est passée malgré la barrière de la langue. La traduction des affiches de propagande est particulièrement intéressante. on y retrouve du langage manichéen sur qui sont les bons et qui sont les méchants. Difficile de ne pas faire le parallèle avec le langage populiste Trumpien. A électeurs demeurés, messages pour demeurés. Le problème c’est juste qu’ils sont majoritaires…




On fait un tour rapide en voiture dans le centre de Kirkenes histoire de dire qu’on l’a vu avant de partir. Tout est très moderne, sans charme. Beaucoup de grands bâtiments carrés autour du port, puis à l’intérieur, des maisons pavillonnaires comme construites à la hâte sur le même modèle.. Une statue de soldat russe en hommage à la libération, très « russe » ; les 2 bornes de délimitation de frontières. Jaune pour la Norvège. Verte et rouge pour la Russie. « Oh les couleurs du père noël » dit Virginie. Tu parles d’un cadeau… et enfin, la porte close de l’abri qu’on n’aura pas pu visiter. On repart vers le Snow hôtel en se disant que décidément on n’a rien raté de cette ville.



Arrivés à l’hôtel, c’est exactement comme je l’imaginais. Après n’avoir fait que des petites structures intimistes depuis notre arrive, celle là est résolument orientée vers le tourisme, et encore, on est en saison creuse.
Pour couronner le tout l’arrivée ne se fait pas dans les meilleures conditions car en sortant de la voiture je découvre un mail de SAS indiquant que notre vol de demain pour OSLO est annulé.
C’est vraiment la poisse car aucune chance en ratant cette correspondance de pouvoir arriver comme prévu en Sologne demain. Jean-remi doit s’absenter pendant 4 jours, donc pas de directeur, pas de gouvernante, pas de première de réception. je devais faire la jonction. On a déjà une journée dans l’os en plein mois d’août avec l’hôtel complet. Vis ma vie de poissard.
Pendant le checkin à l’hôtel je cherche à en savoir plus. Grève des aiguilleurs du ciel demain matin à Oslo. Aéroport fermé de 6h à 11h30. Du coup l’avion qui doit partir de Kirkenes et qui arrive d’Oslo le matin ne partira pas d’Oslo et donc pas de vol au départ de Kirkenes demain. 95 000 personnes sur le carreau toutes compagnies confondues. Et apparemment la grève est loin d’être solutionnée..
Il faudrait mettre sur le bucher – comme nos sorcières norvégiennes – les gars qui ont pondu le mode opératoire des compagnies aériennes. A mon avis c’est ceux-là même qui ont été virés juste avant des loueurs de voiture.
Quand tu reçois le mail, bien sûr déjà, tu es déjà énervé. Là, on te dit que tu peux toi-même changer de vol en suivant ce lien. Lien bien sûr qui ne fonctionne que quand tu lui a donné ton numéro de réservation que tu mets 2h à retrouver car c’est la seule chose qui n’est jamais remis sur toutes les correspondances de mail inutiles que tu reçois ou qui est écrit en bleu clair sur du bleu foncé….
Puis une fois connecté, tu mets 2h pour te désenregistrer et quand enfin tu peux cliquer sur modifier mon vol, on te dit qu’il n’y en a aucun pour aujourd’hui et que pas de bol, en ligne tu ne peux modifier que pour un vol du même jour (Mais pourquoi cette règle à la con ????). il faut donc se rapprocher au téléphone d’un agent de SAS. Tu crois qu’ils ont mis le numéro juste à côté ? ben non… Donc tu mets 5 minutes de plus pour trouver un numéro français et un numéro norvégien à contacter puisque le principe de toute page de contact est de te dissuader d’appeler en proposant de lire leur documentation, passer par un tchat qui ne répond pas etc…
Sur le numéro Norvégien il indique 40 min d’attente… Sur le français ça sonne. Le temps de nous diriger vers notre cabine je me mets en attente sur le numéro français. Arrivé à la cabine, le numéro français a raccroché. J’essaye à partir de mon ordi (plus pratique que le tel) pour voir au moins quelles sont mes options de vol. je réessaye le français au cas où j’aurai fait une mauvaise manip. Après 5 min, il me raccroche à nouveau au nez. Je me reconnecte sur le numéro Norvégien (il faut imaginer tout cela avec Noah qui me tourne autour pour savoir s’il peut faire de l’Ipad sur le trône, puis une fois que j’ai refusé, si on peut aller voir les Husky..).
Le numéro norvégien me dit que maintenant l’attente est d’au moins 1h. On se met en attente.
Mes recherches montrent qu’aucun vol n’est disponible avant mercredi (on est samedi) sur les autres compagnies aériennes – normal on est au trou du cul du monde. Sur SAS, il y a un vol dimanche qui part à 20h, mais il faudra dormir à Oslo et repartir le lendemain pour une arrivée sur Paris à 14h30. Sinon il y a un vol le lundi qui est la réplique de nos vols du dimanche (départ 11h35 arrivée Paris 19h25). Il indique qu’il ne reste plus que 4 sièges (ce que je me doute être bidon, c’est une arnaque pour t’inciter à réserver vite, mais avec 95 000 personnes dont le vol est annulé ça pourrait aussi être vrai pour une fois). Comme je suis un gros malin, je vais plus loin dans la résa car ce qui ne ment pas, c’est le plan de l’avion au moment du choix des sièges. Sur le vol de Kirkenes il reste 15 places (pas 4 donc), mais sur le vol Oslo- Paris il en reste que 9. Mes billets sont garantis encore 7 minutes avec ce fichu compte à rebours pas du tout stressant dans notre situation.
Que faire ? Il reste encore au moins 50 minutes d’attente et ils ont tous les gars qui se sont faits jetés des vols d’Oslo au téléphone qui rebookent pour des vols au plus tôt.
- Si je ne les prends pas il est probable qu’arrivé à mon tour il n’y ait plus rien lundi et là clairement on peut pas rester coincer 2 jours à Kirkenes
- Si je les prends, je vais en chier pour me faire rembourser. C’est un aller simple donc 1 400 € au lieu des 800 € que j’ai payé. Donc si je demande le remboursement du vol je vais déjà perdre la différence et en plus ils vont me refuser mon droit d’indemnisation voiture et la nuit d’hôtel supplémentaire à tous les coups.
Plus que 4 min pour payer mes billets ? j’ai l’impression d’être Becky Walters dans le sketch du téléphone. Vous savez celui ou le répondeur lui dit faîtes l’étoile et il fait vraiment l’étoile au lieu d’appuyer sur la touche..
Et merde, allez je clique. Billets achetés.
Je vous jure que je ne mens pas. La minute d’après le SAV décroche. Mais à qui est-ce que cela arrive franchement ? Quand on te dit 10 minutes d’attente tu attends 30 minutes d’habitude. Là on te dit 1h d’attente et ils décrochent en 10 minutes ???
J’explique la situation à la nana et bien sûr elle me dit qu’elle ne peut rien faire, que j’aurai pas du prendre le billet et que le moins pire maintenant c’est qu’elle me rembourse au moins les 800 € parce qu’il y a fort à parier que leur service client refusera de me rembourser les nouveaux billets à 1 400 € même si je l’ai pris il y a 5 minutes et dans ces circonstances. Je la tuerai si je pouvais.
Bon j’arrête sur ce sujet. On a tous vécu ça. Elle me dit qu’elle mettra un mot dans mon dossier, que je peux faire une réclamation en ligne. J’ai essayé juste après. La réclamation était que en menu déroulant sans jamais ne rien pouvoir expliquer, donc aucune chance que cela aboutisse avant au moins un premier refus de leur part qui interviendra « suite à une surcharge exceptionnelle de demande » sous 4 à 6 semaines. J’aurai dû être comique dans un one man show. Pas bien difficile vu ma vie de trouver des sources d’inspiration pour pondre un sketch..
J’essaye de me dire que ce n’’est que de l’argent, mais ce monde m’énerve tellement… Et puis j’entends la voix de ma mère me disant qu’avant avec des secrétaires c’était plus simple. Donc je m’énerve encore plus tout seul à la pensée de cette remarque ridicule Pour se changer les idées, on va donc faire des papouilles aux husky. Parce qu’au final, il n’y a que nos amis les bêtes qui ont une forme de logique et de pragmatisme qui change de l’esprit tordu humain. Sur le chemin, Virginie rencontre deux rennes dans un enclos. Elle s’en approche, le blanc la regarde avec un air torve avant de mimer un coup de bois dans sa direction. Fucking renne. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ce soir ???


Arrivés aux husky, c’est étrange. Ils sont calmes mais alors comme s’ils avaient été mis sous Euphytose. Les premiers sont choux de chez choux, puis à mesure qu’on s’éloigne certains sont plus agressifs. dont un à tête de loup montrant franchement les crocs. On revient sur les enclos du début et c’est grosse séance de papouilles. Comme d’habitude Virginie et Noah trouvent chacun leur chouchou, tandis qu’une femelle me fait les yeux doux. Ah enfin, le monde se remet en place comme on le connait !


Dîner au restau gastronomique du Snow hôtel avant retour dans notre cabine. Noah et Virginie se lancent dans des parties de Rami (chut, Virginie mène) pendant que je m’attaque maintenant à 3 objectifs. Gérer ma non présence lundi comme prévu initialement aux Hayes, prévenir Sixt que je garde la voiture une journée de plus, et trouver des trucs à faire demain puisque maintenant on a une seconde journée à Kirkenes.
