300 spartiates défendirent le défilé des Thermopyles  contre les perses. Si la métaphore peut sembler étonnante, croyez-moi, quand on s’apprête à pénétrer dans l’antre de 120 Husky surexcités, on se sent perse pendant quelques instants.

Mais rembobinons un peu en arrière car pour l’instant il n’est que 9h00. Tout est paisible. Noah a de grands jambes vous ne trouvez pas ?

A 9h30 malgré la quiétude du petit déjeuner Noah et Virginie prennent de forces et sont pensifs devant l’agitation grandissante. Nous sommes à 15 minutes de la rencontre avec les Huskys.

Toujours professionnels, et donc à la recherche d’idées pour la Sologne, on repère ici enfin un système de refroidissement pour le frais et un système pour le chaud qui ne ressemblent pas à ceux d’un hôtel ibis, comme quoi c’est possible.

Autre idée intéressante, un appareil à gaufres en libre service avec son pot  de pâte liquide pour le faire soi-même et des petites instructions simples en anglais pour faire ses propres gaufres. Virginie, moitié distraite par la mignonnerie du lieu, moitié souhaitant faire gagner Noah en autonomie l’incite à ma plus grande surprise à le laisser faire lui-même ses gaufres.

Quiconque connait Noah qui ne se beurre quand même toujours pas une tartine seul le matin  aurait commencé par quelque chose de plus simple. Mais pas Virginie. Moi je ne voyais que deux issues possibles à cette expérience. Soit cela cramait, soit cela débordait. Et bien ce sera les deux. Et Virginie est bonne pour passer les 10 prochaines minutes à réparer la catastrophe. 

En tout cas, si on avait un doute sur la mise à disposition d’un gaufrier en libre service en Sologne, quand on voit déjà le carnage des clients avec juste un presse-agrume, on est fixé.

Par respect pour notre jeune public, nous ne diffuserons pas d’images du gaufrier, c’est insoutenable.

Tout ceci nous amène allégrement vers les 10h. Noah – notre petit Husky à nous –  piaffe d’impatience.

Romain arrive et nous propose d’abord de nous mettre en tenue. Cela peut paraître étonnant d’être couverts de la tête aux pieds en août pour faire un tour avec des husky, mais croyez-moi là aussi sur parole, c’était indispensable.On étudie la carte également. Pas celle du combat à venir, mais celle des 1 200 km de la Finnmarkslopet, également appelée FL-1200, course mythique de chiens de traineau dont les tipi de l’hôtel ont hérité des noms des checkpoint. 14 chiens et un musher feront sans assistance ces 1 200 Km à raison de 200 km par jour.

Je reviens donc au début de mon billet. Une fois équipés de bottes, pantalons et vestes pour Virginie et moi, combinaison intégrale d’hiver pour Noah car avec son petit cul (« maman c’est gênant de parler comme cela »à aucun pantalon ne lui allait.. Les perses sont prêts. Cela tombe bien, les Spartiates aussi.

Au moment où l’on s’approche des enclos, la clameur rugie. L’enclos est subdivisé en plusieurs enclos et on rentre dans le seul qui est vide, pile au centre. De part et d’autre, des enclos fermés près de 50 husky de chaque côté enchaînés hurlent et font des bonds dans tous les sens. L’enclos dans lequel on va entrer ensuite, juste en face de nous, est composé des 12 élus qui sortiront en balade avec nous et qui pour le coup sont libres. Et bien croyez-moi, à cet instant précis la métaphore des perses entrant dans le défilé des Thermopyles  ne semble plus si incongrue que cela.

Noah qui pourtant rêve de retrouver les husky depuis hier soir a un petit moment de recul. Il faut dire que les huskys d’Alaska, franchement, ce sont des loups. Ils hululent comme eux, montrent parfois des dents – que si j’étais mère grand, je me ficherais sous la couette – et quand ils se mettent sur 2 pattes, ils sont de la même taille que Noah.

Quand faut y aller, faut y aller. On pénètre dans l’enclos un peu en ordre dispersé comme une troupe qui a oublié l’importance de tenir sa formation. On s’en prend immédiatement 1 ou 2 à qui nous saute dessus, les 2 pattes en avant. Première utilité de la combinaison vérifiée. On est quand même dans la boue, donc les combi ramassent.

Rio, un husky noir bien tonique a jeté son dévolu sur Noah, les 2 pattes en avant, qui se met à reculer en titubant devant ses assauts répétés tandis qu’un deuxième arrive sur le côté. Romain qui a tout vu, chope Rio par l’encolure et l’exfiltre dans un autre enclos en 10 secondes.

Puis aussi vite que l’excitation générale était montée, les huskys se calment d’eux-mêmes et reprennent une vie de patachon curieux se contenant de venir te renifler et tendre le museau pour avoir des caresses.

Tout cela n’a pas duré une minute. Ils sont en réalité juste super excités à l’idée de partir en balade et d’attirer l’attention pour avoir des papouilles.

Romain nous explique comment mettre les harnais sur les Husky. Ils sont d’une docilité et d’une douceur incroyable. Une fois qu’on a compris le truc pour l’enfiler, c’est facile, et Noah les faits maintenant à la chaîne. Les chiens l’aident même comme ils peuvent d’abord en restant totalement immobile entre ses jambes, mais en soulevant et pliant la patte notamment pour entrer dans le harnais.

Il faut désormais les mettre dans la ligne du traineau. Romain choisi Cécilia et Zeppelin en husky de tête. Ce sont les seuls qui en plus d’être attachés à la ligne, seront attachés entre eux. C’est en cherchant Zeppelin, qu’on se rend compte qu’il est le seul chien à s’être blotti dans un coin  contre le grillage et semble ne pas partager la même excitation que les autres.

En réalité les 120 husky du chenil ont été répartis en 4 groupes depuis quelques mois et Zeppelin est le seul des 12 du jour à faire partie d’un autre groupe. Il est intimidé et il faut que Romain aille le chercher pour qu’il accepte de venir le suivre et se mettre sur la ligne. Au bout de la ligne il attache une grosse pierre. La ligne se trouve tendue entre la pierre et le traineau, comme cela plus personne ne bougera le temps qu’on accroche les 10 autres Husky.

Noah accroche consciencieusement les 10 autres chiens ensuite à la ligne. Al’avant par le collier, et à l’arrière par le harnais. Faute de neige à cette époque on est donc non pas dans un traîneau, mais dans une espèce de char à roulettes. Plus buggy que Ben-Hur le char si vous voulez visualiser. En théorie il n’est que pour 2 personnes, et Romain comme dans un traîneau classique pilotera debout à l’arrière. Je prends donc Noah sur les genoux. De toute façon on ne va faire qu’un tour de 1,5km seulement, donc c’est l’histoire de 5 minutes.

Pourquoi si peu ? Et bien parce que nos amis à 4 pattes crèvent de chaud à cette période de l’année. Ils sont taillés pour vivre par -20 degrés donc quand il fait 12 degrés, autant courir ne leur pose pas de problème, autant tirer le char et nous c’est très problématique pour eux.

Romain a donc surdimensionné l’attelage avec 12 chiens pour qu’ils n’aient presque l’impression de rien tirer. Sur la grande course norvégienne qui part de Alta et qui fait 1 200 km en passant par Kirkenes il sont à peine plus pour faire toute la course.

Dès qu’il donne le go, les chiens lâchent les chevaux si je puis dire. Je dirai qu’on file à 25-30 km heure environ. On est bringuebalés dans tous les sens sur les cailloux, mais sur l’hebre c’est très fluide. Après 30 secondes on passe dans une énorme flaque pleine de boue et on se retrouve trempés de la tête au pied. Deuxième utilité de la combinaison. C’est splash mountain ici !

On revient en effet 5 minutes après et les chiens sont épuisés, tirant la langue en quête d’eau que Romain s’empresse de leur apporter. Quand on pense que durant les courses ils font plus de 50 km par jour sans la moindre difficulté.

Ils sont tout calmes maintenant et tous s’emploient à les féliciter par une longue séance de papouilles. Puis on retirer les harnais, et on les conduit chacun à leur niche pour les réattacher. Noah se repère déjà très bien. Il connait presque tous leurs noms et va spontanément les mettre à leur niche correspondante.

Pendant ce temps d’autres husky vont faire la roue. C’est le début de l’entraînement d’hiver. Ils les font courir dans un manège pendant 1h et peuvent changer la vitesse de la roue et son orientation pour les entraîner.  A un moment on envisage d’y mettre Noah pour voir…

Après un petit sirop de cassis chaud dans le tipi à côté pour se réchauffer, Noah veut voir tous les chiens. Et ce n’est pas une expression. Durant l’heure qui va suivre, on ira papouiller les 100 chiens du chenil qui ne sont pas à l’exercice, et pas juste une tape amicale. Non, on va faire les choses bien. Dans chaque enclos tout le monde à sa papouille, puis on repasse papouiller les préférés. Virginie, elle, se concentre sur les 2-3 qui ont l’air calmes, mais dans la réalité, même les très excités qui ne manquent pas de te sauter dessus si tu t’approches de trop près ne le font que pour capter ton attention ou marquer leur jalousie car dès que tu t’intéresses à eux, ils se calment et se font faire des câlins.

Romain est sympa, il est entrain de sacrifier sa pause déjeuner devant l’enthousiasme de Noah. On finira comme hier dans le petit enclos avec la portée des 9 chiots de 3 semaines. Noah a beaucoup gagné en assurance et les prend dans ses bras. C’est vraiment trop chou. Ils sont partis pour être des futurs chiens de compétition car le père de ceux là est l’un des 2 frères (petit doute de paternité) qui trône aristocratiquement toute la journée sur leur niche. Ils ont gagné la plus grande course d’Alaska de 1 600 km et ont été prêtés au chenil pour faire des graines de champion.

Ca y est c’est l’heure de finir et Noah, fondamentalement triste de savoir qu’il va quitter les husky part furieux vers notre chambre. On mettra une bonne demi-heure à lui faire évacuer une partie de sa tristesse.

En partant, on recroise Romain qui lui permet de retourner voir les petits chiots.  Le départ devient plus doux. Il prend une petite peluche Husky qu’il appelle aussitôt Moose qui est son Husky préféré du chenil depuis hier. Il a beau savoir qu’on part dormir ce soir dans un autre chenil à 10 minutes d’ici, il est catégorique. Ce sera pas pareil, ici c’est mieux.

Ses préférés ? Moose bien sûr, mais aussi Diva, Cécilia, Zeppelin, Bob, Diablo, Sej, Merry, mais à bien réfléchir, il les aiment tous. En plus on peut les adopter quand ils ont 7-8 ans. C’est sûr, quand il aura 18 ans, il reviendra adopter l’un des petits de la portée.

Il est 14h, et il faut remettre du dynamisme au reste de l’après-midi pour effacer l’air grognon de Noah. Je propose donc d’aller à Trasty & Trine notre second chenil où nous allons passer la nuit et situé à seulement 10 minutes de route d’ici.

La première impression est moins charmante, moins authentique. En même temps en arrivant il y a une petite partie en travaux, le défaut de signalisation nous fait hésiter sur l’endroit où laisser la voiture et un car de touristes gras qu’on aperçoit au loin (les touristes vous avez compris) casse l’ambiance du chenil de ce matin. A la réception, c’est un peu pareil. Cela semble plus touristique. La réceptionniste de 60 ans qui parle à deux à l’heure et semble tétanisée à l’idée de devoir me parler en même temps que faire un checkin inexistant puisqu’au final elle me donnera juste le code de la serrure de notre logement. Quand je demande si on peut faire une sortie Husky, elle me dit pas cet après-midi et demain il y a une sortie avec des puppies – ah non finalement pas de sortie avec des puppies demain désolé, mais une rando avec des adultes husky – mais il faut que je vérifie que ce n’est pas un private tour. Pour le diner ? Elle me dit 17h. Je lui rappelle qu’on est français, donc 19-20h serait mieux. Nouvel instant de panique sur la faisabilité. Elle me propose une fois m’avoir montré la chambre que j’aille voir le restaurant si c’est possible car il y a un groupe à 18h.

A partir de là, je décide de  prendre les choses en main. Je récupère mon code, je vais au restau et tombe sur une serveuse parfaite qui en 30s me dit 19h30 pas de problème. « Vous voulez mon nom ? ». « Vous êtes Mr Bartoli c’et ça ? c’est bon tout est noté ».

Je retrouve Virginie et Noah qui ont été direct au chenil voir les Huskys. Tout s’améliore. Le car vient de disparaître et la quiétude des lieux est revenue. Il vaut mieux des Husky en furie que des touristes dégueu, croyez-moi. Noah est super content de pouvoir visiter près de 40 Husky tout seul. Car à l’autre chenil, c’était top mais impossible d’aller les caresser seul, il fallait toujours quelqu’un du staff avec soi.

Comme on a une grosse partie de l’après-midi, on convainc Noah de partir maintenant aller au musée extérieur de Alta où une petite marche en plein air permettra d’aller voir des peintures rupestres de 5 à 7 000 ans, puis de revenir voir les Huskys et d’aller dîner.

Sur le chemin, je fais part de ma perplexité sur la possibilité d’une sortie Husky demain sachant qu’on a 7h de route pour aller à Varanger. Une fois m’être assuré que cela ne pose pas de stress, je vais sur le site de Trasty & trine et réserve en ligne pour demain à 10h la ballade en forêt avec les puppies pour bypasser ma réceptionniste à 2 de tension. Check !