Je sais ! La règle c’est un jour, un billet. Mais je ne peux pas ne pas dédier un billet entier aux peintures rupestres. Virginie ne me le pardonnerait pas. En plus elle m’a mis la pression persuadée que cela m’inspirerait, ce qui n’était pas le cas jusqu’à ce que je prenne ma douche ce matin et que je trouve la chute. Je me lance.

Les peintures rupestres, comment dire… Ou plutôt comment dire différemment de la dernière expérience que nous avions eu avec Virginie et Guillaume il y a près de 20 ans en Namibie.

Mes sentiments sont contradictoires vis-à-vis de tous les protagonistes en présence. Nos hommes des cavernes, nos archéologues, et nous bien sûr, les spectateurs.

Commençons par les hommes des cavernes, ces pauvres bougres. Ils en chient 12 heures par jour à se planquer pour ne pas se faire tuer, à dormir dans des grottes quand ils ont réussi à déloger l’ours qui l’avait préemptée. Ils bouffent froid ou trop cuit, probablement pas 5 fruits et légumes par jour la plupart du temps. Ils n’ont ni crayon, ni aquarelle, ni gomme pour recommencer quand ils ont foiré leur gribouillis. Le papier Canson n’a même pas encore été inventé, donc ils gravent sur un rocher même pas plat.

En plus soyons honnêtes, ils étaient quand même gentiment demeurés à cette époque sinon pourquoi ils représenteraient tout de profil comme les égyptiens. Ils ne vivaient pas en 2D tout de même ! Alors franchement, ils ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens du bord et pour cela, et aussi parce que ce sont nos arrières, arrières , arrières grands parents – et que Noah il n’y a pas si longtemps en était à peu près au même stade en dessin –  on ne peut que leur tirer notre chapeau pour l’effort, même si ce n’est quand même pas à se taper le cul par terre.

Les archéologues, eux, c’est une autre histoire. Ils ont moins de circonstances atténuantes. Et prendre un audio guide à ce titre à le mérite d’exposer plus clairement cette forfaiture. Que l’on se soit amusé à démousser des centaines de rochers à Alta, payé par le contribuable, pour voir s’il ne se cachait pas derrière par hasard des traits dans la pierre qui pourraient faire penser avec beaucoup d’imagination à des dessins d’enfants, passe encore.

Mais que l’on en arrive à extrapoler pendant 40 minutes sur un audio guide – traduit dans toutes les langues – un monde inférieur hautement symbolique issus de l’enchevêtrement du monde spirituel sous-marin, terrestre et du ciel, tout cela à partir de ces dessins. Puis aller affirmer que le choix d’avoir dessiné à cet endroit précis près du lac soit la traduction allégorique du lieu parfait de la jonction entre la mer, la terre et le ciel alors même qu’on est en fait 30 mètres au-dessus du niveau de l’eau. Pour enfin retomber maladroitement sur ses pattes en justifiant que si les peintures ne sont plus au niveau de l’eau, c’est que la fonte des glaces post ère glacière de a relevé la croute terrestre. Comment dire…

Tout cela pour conclure enfin que tout érudits qu’ils sont, les archéologues font acte de contrition publique d’avoir choisi de redessiner en rouge par-dessus les gravures d’origine pour mieux nous montrer les dessins à nous pauvres mortelles, mais qu’ils vont bientôt revenir aux gravures d’origines en effaçant leurs peintures …. Bref, les bras m’en tombent – comme sur leur dessin la plupart du temps d’ailleurs – et je suis contraint de crier au charlatanisme.

Reste donc nous, les acteurs / spectateurs de ce drame, qui allons nous acquitter fièrement de 450 Nok, soit environ 40 € hors prix de l’audio-guide, pour aller observer les œuvres de nos ancêtres.

Le plus petit parcours fait 1,8 Km, le plus long 3,4 km car nos ancêtres ont d’abord peint sur un versant du fjord, puis ont décidé d’aller peindre ensuite sur l’autre. A défaut de manger 5 fruits et légumes par jour ils avaient au moins retenu le slogan Manger – bouger, donc grâce à eux au moins on fera un peu d’exercice.

Rien à redire aux 3 premiers audio-guides qui nous accompagnent dans le style mélodramatique usuel pour nous mettre dans l’ambiance le long du chemin menant aux premières peintures.

Mais arrivé au numéro 4, nous sommes devant notre premier rocher et les choses se corsent.  Ils n’ont pas repeint en rouge les gravures, et alors qu’on nous décrit une scène de chasse épique incluse dans une gigantesque tête d’ours nous plissons tous les 3 des yeux pour essayer de distinguer ce qu’il faut voir. Ne voyant plus rien de près, je n’ose pas me lancer, mais Virginie et Noah pensent tous deux avoir trouvé la tête d’ours, sauf qu’ils ne montrent pas le même endroit du rocher.

Vigrinie visualise ensuite fièrement une tête de chien qui ressemble furieusement au physique de Droopy, qui n’est pas mentionnée dans l’audio-guide et qui est vraisemblablement plutôt un effet de bord liée à la pluie récente qui n’a pas séché uniformément sur la roche.

Après quelques déconvenues du même style, on arrive aux dessins repeints en rouge et là en effet c’est plus clair. Les dessins sont clairement très – trop – enfantins. Virginie voit à la place d’un enclos, un rail de chemin de fer (ben voyons) et alors qu’on se demande qui peut bien avoir choisi de repeindre les peintures en rouge vif, on croise une dame assez âgée avec des mèches violettes sur la tête. Le contraste est saisissant.

Le reste de la visite sera du même acabit donc plutôt que de m’attarder sur des platitudes, je préfère vous livrer une autre interprétation de ces peintures rupestres, certes toute personnelle, mais que je trouve plus valorisante pour nos ancêtres.

En fait, celles-ci n’ont tout simplement pas été réalisées par des adultes bien trop occupés à survivre, mais par leurs enfants qui n’avaient pas encore d’ipad à l’époque pour tuer le temps.

Maman des cavernes : «  Tu viens à table, il y a le renne qui est bientôt prêt »

Enfant des cavernes : « J’arrive je finis ma partie, euh, mon dessin »

Maman des cavernes : « Ca va être froid ! Papa s’est cassé le cul à coups de lance pour tuer un ours en dessert. »

Enfant des cavernes : « Oui, ça va ! J’arrive ! De toute façon oncle René n’est même pas encore là ».

Maman des cavernes : « Ca ne risque pas, il a été bouffé par l’ours ce matin avant que papa ne lui règle son compte, à l’ours. Alors ? Tu viens ? »

Là évidemment l’enfant ne vient pas. Maman des cavernes se lève, le choppe violemment par  son gilet en authentique poil de flétan pour l’emmener à table.

Enfant des cavernes : « Ah ben voila, j’ai rippé. C’est ta faute maman ! Maintenant mon bateau ressemble à un élan, et j’ai même pas de gomme. Tu es trop nulle ! »

Moralité, parfois, la vérité est juste sous votre nez.