Nous voici installés au Storm Hotel Senja pour 3 nuits. Contrairement à ce que je pensais, Senja, n’est pas rattachée au continent. C’est la deuxième plus grande ile de Norvège, derrière Hinnøya.  Ca ne se discerne pas de prime abord comme une ile car en 3 points elle n’est séparée de la côte que de quelques centaines de mètres.

L’hôtel est lui-même aussi sur une ile, celle de Husoy, reliée à Senja par une digue. Le port de Senja est actuellement en travaux mais cela lui confère plus de charme que d’inconvénient. Ils sont en train de draguer le port qui s’est ensablé avec le temps. Enormes pelleteuse et ballets des barges évacuant les terres se mêlent ainsi aux bateaux de pêche.

Il est 6h du matin, je commence ma journée tandis que les 2 loustics dorment. La météo annoncée est conforme à celle vue la veille. Jusque vers midi il va pleuvoir, mais au-delà on devrait avoir une belle fenêtre jusqu’à la fin de journée pour aller randonner.

J’opte donc pour la rando de Husfjellet à 1h de route de l’hôtel. 650 mètres de dénivelé. 8,7 km aller / retour. Elle fait partie des randonnées difficiles de la région, entre autre parce que sur toute la fin de la rando se fait le long d’une falaise escarpée, probablement même des 2 côtés sur la toute fin. Difficile comme toujours de se faire une idée précise car sur All trails 1/3 des commentaires te le présentent comme une rando hyper dure, mais d’expérience c’est souvet exagéré. Tous s’accordent à dire en revanche qu’il faut la faire par temps clair et sans trop de vent.  Or ils annoncent une brise à 3-4 m/s. On serait dans des conditions idéales sur le papier.   

Je les laisse dormir jusqu’à 9h30 toujours avec comme optique de permettre à Noah de récupérer de son très gros déficit de sommeil accumulé ces dernières semaines, puisque de toute façon cela ne changera pas grand-chose au programme du jour.

Au réveil, il enquille spontanément 2 pages de maths et des tartines à la confiture de fraise. On part pile dans les temps sur les coups de 11h. J’ai identifié 3 points d’arrêts potentiels sur la route vers la rando, mais on aura le temps de les faire sur le retour donc on avisera en fonction de la météo. S’il y a une éclaircie on en profitera sur l’aller, sinon on tentera notre chance au retour.

Si la route vers Husfjellet est véritablement magnifique, ponctuée de tunnels tous aussi invraisemblables les uns que les autres, de pics dramatiques et de de falaises comme découpées à la serpe, la plage de Ersfjord  (stranda signifiant plage, il ne faut pas dire plage de Ersfjordstranda sinon on dit 2 fois plage) et sa curiosité « les toilettes dorées de Gulldassen », elles, sont plutôt une déception. En passant, le lieu concentre plus de voitures qu’on n’en a croisées en 35 minutes de route (certes on parle d’à peine 10 voitures mais pour la Norvège on peut parler de foule). A vue de nez rien ne semble justifier de braver ce monde pour s’y arrêter.

On passe donc notre chemin sans état d’âme jusqu’à Skaland, point de départ de la rando. Il y a un petit supermarché devant le parking, Noah s’y précipite car depuis notre arrivée il rêve de trouver un petit quad pour jouer sur les randos comme quand il était petit. Une nouvelle fois on est bredouille, mais ça s’améliore. Il y avait au moins un micro-rayon jouet et 2 petites voitures de police dont il n’a à juste titre pas voulu et en plus il a trouvé son chocolat norvégien qu’il adore et qui était le seul manquant au Joker de Husoy ce matin.

Equipés pour tous les imprévus météorologiques (il est bien lourd ce sac avec uniquement de l’eau et des vêtements je trouve), on se met en route pile au moment où le soleil est sur le point de pointer le bout de son nez. Normal, il est 12h20. Right on time !

Rien à voir avec la rando de la veille. On commence dans la forêt en une pente douce. On croise nos premiers champignons couleur Noah (il est habillé en rouge de la tête au pied comme les petites amanites tue-mouches). Sur ce premier tronçon qui monte gentiment, on se croirait dans un jardin botanique entre les dizaines de variétés de mousses et les fleurs de toute part que l’on croise.

A la faveur d’une bifurcation sur notre droite la pente se raidie d’un coup. On est toujours dans la forêt, mais les pluies ont bien raviné le sentier qui mêle pierres, eau qui ruisselle et boue au point que rapidement on opte pour un tracé plus ou moins marqué par les précédents randonneurs dans la foret et la mousse pour échapper à la gadoue. Ca rend la montée dynamique car on doit créer son propre chemin. La mousse a une texture rebondissante qui amuse beaucoup Noah, qui malgré le dénivelé semble littéralement voler de pas en pas. Nous, on a clairement le pas plus lourd, mais ça reste un bonheur pour les articulations.

Après 30 minutes on sort enfin de la forêt. On a avalé presque 150 mètres de dénivelé mine de rien et on débouche sur une zone sans arbres en faux plat typique des sommets des fjords norvégiens. Panorama grandiose sur la mer et ses iles en contrebas, et entouré de toute part par des pics vertigineux.

Tout le reste de la rando se fera dans ce paysage. Les nuages se sont presque tous dissipés et le soleil illumine les lieux en plus de nous réchauffer. Les conditions sont idéales. On est tous passés en t-shirt sous le cardio de la montée.

Noah enthousiaste nous dit que hier c’était déjà la plus belle rando, mais aujourd’hui c’est encore plus beau qu’hier. J’ai la pression pour le choix des prochaines ! Après une pause boisson et surtout de carrés de chocolat norvégien que Noah et Virginie ont décidé d’importer en masse en contrebande à notre retour, le plus dur nous attend.

On le distingue au loin. Pour atteindre le sommet de Husfjellet on va devoir grimper sec le long de l’arête, mais avant cela, il faudra franchir les marécages du Mordor qui nous séparent du début de la montée

Bienvenue dans la randonnée de Peppa Pig ! Il y a bien le chemin naturel initial de la rando, mais quand on voit la rare personne qui cherche en ce moment à s’y aventurer on voit que la ligne droite n’est probablement pas le plus court chemin vers le sommet, et encore moins le plus sec.

Quelques planches de bois semblent offrir un certain répit à certains endroits dans cette gigantesque mare de gadoue de plusieurs centaines de mètres de long, mais entre, c’est apocalyptique. D’autres reviennent visiblement du sommet par un chemin détourné qui traverse une longue plaine herbeuse, remonte sur un promontoire et revient en arc de cercle vers nous.

C’est 3 fois plus long mais ça semble a priori moins boueux. J’opte sans concertation pour cette solution. La descente est sans grande difficulté, les premiers mètres sur le plat non plus. Je vois 2 randonneurs en galère malgré leurs bâtons dans la descente du promontoire qui me pousse à vouloir couper à travers champs.

Je m’y aventure en premier car mes chaussures sont de loin les plus étanches du groupe et, soyons honnêtes, la lecture de carte et de terrain c’est plus mon truc. Au royaume des aveugles, le borgne est roi.  Après 30 mètres à patauger dans de l’eau, mais propre au moins, Virginie qui s’est rendu compte que je ne suivais pas le chemin officiel me fait remarquer qu’on file droit vers des fleurs blanches et que les fleurs blanches c’est signe de gorgé de flotte.

Alors oui, c’est vrai, mais comment dire, c’est la totalité du champ qui nous sépare du début du sommet de Husfjellet qui est rempli de fleurs blanches donc il va bien falloir passer quelque part de toute façon…

Comme le disque semble s’être enrayé (« on va vers les fleurs », « on va vers les fleurs » et que cela me semble un très mauvais tube pour l’été), et que je ne suis pas non plus sûr à 100% de moi, on fait demi-tour ce qui nous permettra – sans aucune mauvaise foi masculine dont tout le monde sait que je suis entièrement dépourvu  – de refaire les 30 mètres dans le mauvais sens, prendre la gadoue sur la montée du promontoire, puis en redescendre de l’autre côté pour faire face à exactement la même longueur de champ de fleurs blanches à traverser.

Mon GPS de rando bien sûr me dit que je ne suis pas sur le chemin de la rando, Virginie ne cesse de me dire qu’on aurait du prendre le chemin initial (on en reparlera pour le retour). Mais comme tout bon capitaine, je tiens le cap. On ira donc tout droit à travers les fleurs.

Je suggère donc la technique de la plume légère, consistant à se persuader que l’on est léger comme une plume et qu’on ne va pas s’enfoncer si on marche légèrement au même rythme tout du long. Et ça marchera ! Enfin le plus clair du temps, ce qui fait qu’au final le niveau d’eau dans les chaussures ne dépendra que du niveau d’imperméabilité du matériel. Il fallait donc jouer dans l’ordre au tiercé dans la 5ème. Fred, Noah, Virginie.

Ce petit épisode marécageux terminé, il nous reste un peu moins de 400 m de dénivelé à avaler mais sur sol plutôt pierreux, donc sec. La montée va se faire sur une grande moitié le long d’une crète abrupte en arc de cercle. D’un côté on a la mer, de l’autre on à le cirque. Mais il y a suffisamment de largeur pour ne pas être gêné par le vertige.

Arrivés au sommet, on aura bouclé les 641 mètres de dénivelé en un peu moins de 2h15 dont 23 minutes de pause au milieu.

Maintenant, pour être honnête, si techniquement on est sur le point le plus haut de la rando, il manque 50 mètres pour réellement finir la rando, soit, descendre entre les rochers, parcourir 20 mètres sur une corniche de 2 mètres de large avec un a pic de chaque côté pour escalader ensuite le petit pic rocheux qui me nargue…

Déjà là ou je me situe avec mon vertige j’essaye de faire bonne figure pour ne pas refiler mon stress à Noah, mais j’ai déjà la tête qui tourne et juste de voir Virginie assise à 1m d’une falaise avec un à pic de 600 m me rend malade. Alors faire cet extra mile est au-dessus de mes forces.

Heureusement pour moi, Noah n’est pas chaud et Virginie non plus. On en restera donc là. C’est moins glorieux, mais au moins on ne fera pas la une des journaux Norvégiens demain.

Comme hier, on sent que l’épisode de soleil ne va pas tarder à être derrière nous. Un embruns se fat sentir. On décide donc de redescendre cette partie la plus abrupte et traverser le marécage pour prendre le pique-nique dans une zone où si le temps change subitement on ne sera pas en difficulté.

La descente est tout aussi chouette que la montée. C’est marrant comme le changement de perspective donne l’impression de faire 2 randos différentes alors qu’on ne fait que revenir sur nos pas.

Arrivés au marécage et voyant une nana en perdition sur le chemin « officiel » qui finit par rebrousser chemin tellement elle s’enfonce dans la boue, Virginie se range à mon avis de repartir par le même chemin de traverse qu’on a emprunté à l’aller. Quitte a sombrer autant le faire dans de l’eau claire.

On refait la plume légère et cette fois, on fait à ma façon jusqu’au bout. Exit le promontoire qu’on coupe à travers le champs de fleurs blanches. En 10 minutes le marécage est derrière nous et on peut se faire notre pique-nique. Au menu, sandwich de renne, salami et fromage ; et carrés de chocolat de contrebande en dessert.

La descente dans la forêt se fait essentiellement dans la mousse pour éviter la boue qui s’est plutôt empirée depuis l’aller. Cette sensation de rebond est extrêmement agréable et Noah ne tarde pas à nous mettre un vent en descendant carrément en courant et en sautant. Clou de la rando juste avant l’arrivée, Noah tombe sur 2 énormes amanite tue-mouche.

Voila, il est 17h. Noah a été parfait sur toute la rando. Je profite que le temps reste très clément avec des éclaircies pour tenter la plage de Bovaer à 5 minutes en voiture de là vu que celle d’Ersfjord ne nous emballait pas à l’aller.

On ne peut pas aller plus loin sur cette route ? Bovaer est littéralement le trou du cul de la Norvège. D‘ailleurs la route finit en cul de sac de cette charmante petite bourgade. Comme à Sommaroy plein de petites maisons en bord de plage avec toute une série de panneaux particulièrement accueillants. Privat, PRIVAT, ou Privat ! Ah, attendez, je vois un autre panneau… « Round turn only, No parking ! ».

Qu’à cela ne tienne l’endroit est désert à l’exception d’une voiture de touriste qui a décidé de braver l’interdit. On s’arrête donc à côté –  L’union fait la force – et on décide d’aller s’avneturer un peu sur la plage avec Noah tandis que Virginie reste non loin du véhicule craignant une attaque en règle d’un Norvégien.

Noah en mode chien fou comme s’il avait été séquestré dans la voiture toute la journée – alors qu’il a près de 10km de rando dans les pattes – se met à faire comme un dératé un relais 4×100 mètres en étant tous les relayeurs à la fois ! Etrange d’autant qu’il doublera la mise à l’étape suivante.

Au moment de repartir, Noah veut aller direct à l’hôtel, Virginie est partante pour d’autres arrêts. Les chamailleries commencent. Mon plus grand enfant qui a le privilège de choisir puisqu’il conduit,décide donc de s’arrêter tous les 200 mètres pour prendre une photo ce qui rend Noah dingue. Plus il râle, plus elle trouve de trucs jolis justifiant qu’on s’arrête. Qui a 10 ans ? Va savoir..

C’est ainsi qu’on finit par atteindre Bergsbotn, qui se présente comme une plateforme en bois qui surplombe un fjord. Notre chien fou adore l’endroit. Il se remet à faire des allers et retours à fond la caisse en sautant comme un cabri.

6 italiens sortent d’un minibus (nos premiers touristes depuis qu’on est en Norvège). Le cliché. Ca parle fort comme des italiens. Alors que Virginie essayait de me prendre une photo avec le fjord en arrière plan, la plus moche vient se mettre pile dans l’objectif. Un des italiens tente de le lui faire remarquer mais l’autre conne s’en fout. On décide de lâcher l’affaire comme un lion lache son repas devant des hyènes affamées. Là je me fais haranguer pour prendre une photo de groupe. Ils n’auraient pas été éliminés pour  la 3ème fois de suite de la coupe du monde, je les aurai envoyé balader, mais on ne tire pas sur une ambulance.

On reprend la route, cette fois direction Tungeneset. Je l’avais repéré à l’aller. C’est une forme d’avancée rocheuse de pierre polie par l’avancée d’un glacier et aménagée avec goût avec une passerelle en bois et quelques marches en béton s’inscrivant dans la roche qui se jette dans la mer et donne sur le massif Okshornan (littéralement les cornes de bœuf) qui est souvent mal traduit par les dents du diable mais qui est plus conforme à la forme observée.

Noah faisait au début semblant de dormir pour rester dans la voiture, puis après avoir jeté un œil là-bas, Virgine était revenue insister pour qu’il vienne avec nous. Et bien lui en a pris car Noah adore littéralement le lieu. Et pour cause. Un endroit où tu peux sauter entre rochers pour ensuite pouvoir contempler à loisirs les vagues qui s‘écrasent dessus, c’est le rêve de Noah dans chaque voyage depuis qu’il est tout petit. Ca ne rate jamais. A chaque fois il reste littéralement hypnotisé et fasciné par ce spectacle.

C’est ainsi qu’on passer presqu’une heure sur place à observer les jeux de lumières, le Okshornan qui se reflète dans les flaques d’eau et qu’on laissera Noah s’isoler au bout d’un rocher à contempler les vagues.