Le soleil se lève, Noah déboule dans le lit la tête enfarinée et vient immédiatement se rendormir contre moi.  Après ce qu’il me semble être une bonne heure plus tard, et après plusieurs uppercuts bien placés reçus, je décide de m’extirper du lit, bien convaincu que jamais je ne me rendormirai avec Mike Tyson à mes côtés.

Une fois dehors un rapide coup d’œil à mon téléphone m’indique 4h25. Damned, il s’est levé avec le soleil qui se lève encore à 3h25 du matin. Bon, ben , debout pour debout autant être productif..

Je recale le programme tendu de la journée avec le dernier estimé radar météo. Normalement, si on part de la maison à 9h34 on sera au début du chemin de Brosmetiden 45 minutes plus tard, moment où le soleil devrait sortir de sous les nuages pour baigner de lumière notre rando et nous permettre d’envoyer une photo à Jean-Louis pour lui montrer que oui, la Norvège peut se faire même en août par grand soleil. On devrait ensuite être épargné toute la journée par la puis ce qui permettra de s’arrêter ensuite au petit café qu’on avait bien aimé sur la route il y a 2 jours et qui est le seul de toute façon dans les environs avant de nous diriger vers Sommaroy à 1h de route. Ensuite il faudra jongler avec la visite de Sommaroy et les horaires de ferry qui partent toutes les 2h et qui son non réservables…

Vers 8h30 ca dort encore bien profondément et mon radar météo n’a pas évolué, confirmant mon planning. Its time ! Je lève la tribu. D’abord Virginie qui se met à ranger puisqu’on quitte notre logement aujourd’hui pour la région de Senja, puis, alors que je sors de la douche, un magnifique arc en ciel apparait sur le fjord. L’occasion  de réveiller Noah qui comme à son habitude passe en une fraction de seconde de la belle au bois dormant version masculine à une joyeuse pile électrique.

Il faut dire que c’est l’une des premières fois ou l’on sait enfin ou vivent les bisounours !!! J’ai perdu tout le monde là, je le sens. C’est pourtant simple, tout le monde sait que les bisounours vivent à la base de l’arc en ciel qu’on ne peut jamais atteindre et qu’on ne voit finalement presque jamais. Et bien là, pour l’une – ou LA – première fois de ma vie, je vois clairement la naissance de l’arc en ciel dans l’eau. Les bisounours sont donc en fait une espèce aquatique… Intéressant.

Alors qu’on sort dehors à moitié à poil subjugués par l’arc en ciel – puis par le froid- , un second commence à se dessiner juste derrière comme un écho. C’est fugace, en quelques minutes tout disparait, mais c’était une chouette façon de se réveiller. Enfin surtout Noah et Virginie, moi j’ai déjà fait ma demi-journée, comme quoi le temps est vraiment une affaire très personnelle.

Aucune remarque sarcastique sur le temps de préparation ce matin ne me vient à l’esprit, Virginie est parfaite. On part donc parfaitement à l’heure dite, soit 09h34. Les 45 minutes de route nous conduisant à Brosmetinden nous fait passer près de Ersfjordum (le café super sympa qu’on avait fait en arrivant et qu’on a bien l’intention de refaire sur le retour) mais on bifurque juste avant vers le nord pour longer la côte sur successivement 3 fjords en enfilade.

Sur le chemin, sur une plage on aperçoit des rennes. Dilemme de courte durée par rapport au timing. Selon l’adage qui dit qu’il faut profiter de l’instant présent, on s’arrête sur le bas côté et on marche quelques minutes pour aller les observer, finissant littéralement nez à nez avec nos rennes, le ruisseau dévalant du glacier en surplomb nous séparant d’eux et leur assurant la sécurité qu’on ne viendra pas s’approcher plus avant. A la réflexion au vu des bois, c’est pour eux ou nous la sécurité ? En tout cas le renne, c’est un peu notre cerf de Sologne en version équipé hiver moins 35 degrés.

On repart et assez rapidement, les premiers rayons de soleil font leur apparition sur l’eau. Ca sent pas mal cette histoire, mais attendons tout de même, s’il suffisait de consulter le radar météo, ça se saurait. Et en effet arrivés sur place, le soleil fait entièrement son apparition.

L’endroit est quasi désert à l’exception d’un randonneur autrichien qui me dit qu’il revient faire la rando aujourd’hui car hier il l’a fait sous la pluie et le brouillard au point qu’il n’apercevait même pas la mer en contrebas.

Le temps de s’équiper et c’est parti. 4,5km ; 260 mètres de dénivelé. Petite rando de 2h30 pour se mettre en jambes. Celle-ci s’avère vraiment super. Juste ce qu’il faut pour le cardio, des vues magnifiques au fur et à mesure qu’on monte. Et tout cela sous un ciel bleu azur.Noah sur la première partie du trajet part en explorateur sur les côtés et médite régulièrement seul sur les rochers en admirant la vue.

On créé le concours familial de celui qui reviendra avec les chaussures les plus propres. Mix astucieux entre le plaisir de trouver le chemin le moins boueux ce qui en Norvège est toujours une gageure et préciser le temps de cerveau disponible du soir qui sinon est passé pour Vigrinie à faire la lessive des habits de Noah qu’il aura ruiné (enfin aussi le mien vu que hier j’ai pris une mangue pour un tacos qui s’est écrasée lamentablement sur mon sweet shirt éponge impossible à sécher).

Une fois arrivés au sommet, on dépose un petit symbole pour le père de Kaya qui nous a quitté hier. On recharge les batteries avec une petite boisson énergisante et une barre de chocolat et on se met à redescendre.

Le timing s’avère parfait. A la moitié de la descente on croise les premiers randonneurs qui montent. On a eu la montagne juste pour nous. Au ¾ de la descente, ce sont les nuages annonciateurs de pluie qui s’amoncellent. Un grain est en train d’approcher. A peine ferme-t-on la portière de la voiture que la pluie tombe sur le pare-brise et nous suivra sur la moitié du retour. Ca c’était pas prévu sur le radar… On l’a échappé de justesse.

Arrivés au café de Bryggejentene d’il y a 2 jours, le temps est changeant. On décide donc de manger à l’intérieur. Autre ambiance, mais toujours aussi bon. Juste petit moment de perplexité quand Virginie m’interpelle sur la norvégienne qui allaite son petit dernier alors qu’elle en a 3 autour, alors que je la trouvais tellement jeune que quand je m’étais assis j’avais pensé à une fratrie dont elle était la grande sœur. Comme le dit si bien Virginie, celle là à la tête à tomber enceinte juste en la regardant. 😉

Après une matinée signant un quasi sans faute, l’après-midi ne pouvait pas aussi bien se dérouler d’autant qu’on avait en plus de la météo une inconnue de taille. Le ferry qui devait nous emmener sur Senja. Horaires espacés de 2h. Indication de Chat GPT d’arriver au moins 1h20 avant au risque de trouver un ferry complet (on ne peut pas réserver).

On arrive sur les coups de 15h30 à Sommaroy. Le ferry est à 17h. Dilemme. Sommaroy est une petite bourgade en bord de fjord accessible par le fameux pont iconique de Sommaroy en courbe. Une fois passé ce pont on arrive dans un univers parallèle situé quelque part entre Desperate Housewife, Truman Show et Stephen king. Je m’explique.

Visuellement, tout est mignonnet, genre tout est en miniature. Petite maison, petit chemin, petite aire de jeux pour les enfants, petite chapelle, petite plage de sable blanc aux eaux turquoises avec des chapelets d’iels tout autour dont on sent qu’hormis le pont on ne pourra jamais s’échapper.

Mais au niveau des gens il règne une ambiance à la fois cordiale parce qu’ils ont tous des têtes de Desperate Housewife, mais en même temps leur façon de dire des choses désagréables avec une voie doucereuse te fais bien sentir que tu n’es pas le bienvenu et te donne l’impression que à la tombée de la nuit tout pourrait virer au drame. Ambiance on pourrait entendre grincer une balançoire dans un silence de mort.

Honnêtement je ne me suis pas senti très bien. D’ailleurs on n’a pas pris de photo de la bourgade, comme si cela nous porterait malheur de le faire. Dans cet endroit quasi désert, on se gare près de la première plage et quelques secondes plus tard, une gentille mère de famille qui passe en voiture baisse sa vitre pour nous rabrouer en nous disant que le parking ici est privé. Enfin on est sur un terrain vague vide dans une bourgade vide, avec un panneau écrit en norvégien uniquement dans la zone la plus touristique du coin. Si nul n’est censé ignorer la loi, nul n’est censé parler Norvégien non ?

Elle noue envoie nous garer du côté de la chapelle dont le parking est là aussi tout aussi désespérément vide. On rechigne donc à se faire engueuler une deuxième fois par une famille tout aussi mignonette qui se dirige à pied vers nous en poussant un landau. On reprend donc la route pour trouver le parking officiel de Sommaroy la farouche, ou la diabolique.

Toujours pas certains d’avoir le droit de se garer la non plus, au moins il y a d’autres voitures et puis on en a marre de se faire bouger. On a été en demi-finale de la coupe du monde ou bien !

On descend donc sur la plage qui n’a rien à envier à la Guadeloupe si ce n’est la vingtaine de degrés de l’eau en moins. Sable blanc fin, eaux turquoises transparentes.

Après 20 minutes passés là-bas, les opinions divergent. Virginie et moi on continuerait bien à explorer d’autres plages ou ilots, tandis que Noah veut prendre le ferry de 17h sans avancer de raison claire. Il est 16h15, on est à 15 minutes de l’embarcadère, ce n’est quand même que 30 minutes avant le départ. Pas sûr qu’on aura de la place.

En même temps, cette atmosphère où on ne se sent pas vraiment accueilli conjugué à un soleil se couvrant un peu plus m’incite à suivre Noah et nous décidons donc tous les trois de tenter notre chance au ferry. 15 minutes plus tard nous sommes dans la file pour le ferry.

Et on est loin de chez loin du quai. Je pars en reconnaissance à pied. Remontant la file qui n’en finit pas. Une fois devant l’embarcadère, aucune information à part un panneau en norvégien qui une fois traduit ne m’apporte aucune information autre que « en général sur le ferry de 17h, il y a du monde ». J’interroge Chat GPT qui me dit que ce ferry en général accueille 68 véhicules particuliers mais plutôt 55 quand il y a un mix de campings cars et autres véhicules volumineux.

Tout en remontant la file, je compte donc les véhicules qui sont devant nous. 1 pour un véhicule normal, 2 à 3 pour les caravanes + un bus (4 ou 5 ? ). Arrivé enfin à la hauteur de notre véhicule, j’ai compté 63 unités.

Il est 16h45, on ne va pas tarder à être fixé, mais cette approximation que je partage avec la team indique que c’est loin d’être gagné. Noah est confiant mais se lance dans une incantation Sami / sioux préventive pour qu’on soit pris à bord du ferry. Quand le ferry arrive et que les véhicules sortent, il a la bonne initiative de compter les véhicules sortant. 38. C’est vraiment pas gagné. Et en effet on va se faire fermer la barrière sous le nez, à 5 véhicules près. Prochain ferry, 19h.

On le voit quitter le quai sous les lamentations humoristiques de Noah qui invente des paroles du nouveau tube de l’été Bye bye Ferry.

Qu’à cela ne tienne, Virginie nous propose d’aller passer le temps en retournant à Sammaroy. Je m’y oppose fermement au vu de la déconvenue que l’on vient de vivre. Se faire avoir une fois c’est pas de chance, mais 2 fois…

Alternative, aller se balader à la charmante bourgade d’à côté. Et bien si toute bonne balade à Biarritz commence nécessairement par une décharge avant de devenir super, force est de constater que dans ce cas particulier, on n’aura que le port de pêche en travaux. Virginie tentera bien à la fin entre une pelleteuse et des containers frigorifiques de me vendre l’idée que d’ici on voit quand même bien mieux le pont de Sommaroy, la réalité c’est que si vous ratez le ferry restez à l’embarcadère. D’ailleurs une fois de retour à celui-ci, on aura une très belle photo du pont de Sommaroy juste en gravissant 5 mètres d’un petit surplomb de rochers.

19h on embarque enfin. on est contents : 1 seul camping car se voit refuser l’accès au ferry. On a de la peine pour lui. Courage buddy. Noah entame sa célébration de joueur de foot (Dembelé ? je m’y perds). Pourtant j’essaye de m’en rappeler avec des moyens mnémotechniques; il y a la célébration « Allo j’écoute », « j’ai un nez », « J’ai une oreille »…

19h45, on sort du ferry, direction Husoy, une petite ile dans laquelle nous allons séjourner 3 nuits. Au détour d’un long tunnel dans la roche comme seuls les nordiques savent les faire et qui tourne comme une route de montagne alors qu’il me semblait que le but d’un tunnel c’était précisément de couper droit à travers la montagne pour gagner du temps , on déboule en surplomb de l’ile de Husoy où notre appartement donnant sur le fjord s’avère un véritable cocon de mignonnerie.

Comme la dernière résa du seul restaurant d’Husoy était à 19h30, qu’il est 20h15 et qu’on sait que le norvégien est ponctuel, on décide d’aller direct au restau tenter notre chance.

Ca ne rate pas, on se fait recevoir (mais pas dans le bon sens du terme).

Pour comprendre le contexte. Depuis 17h que je sais qu’on a raté le ferry, j’essaye de les contacter par mail, puis par téléphone, mais on m’a fait comprendre à l’hôtel qu’ils étaient surement débordés par le service à cause de toutes ces réservations et qu’eux-mêmes ne pouvaient pas les contacter.  On arrive dans un restau certes magnifique avec de superbes baies vitrées qui domine toute la baie, mais qui est fondamentalement à ¾ vide aussi peut-être parce qu’ils ont tous finis de dîner, mais c’est pas une atmosphère de fin de service tumultueuse qui s’en dégage.

Elle : « c’est à cette heure que vous arrivez ? » (on dirait ma mère)
Moi : « euh oui on a raté le ferry à 5 voitures près »
Elle sans la moindre compassion : « la cuisine va fermer donc pas d’entrée et en plat tu as 3 plats de poissons ou les burgers. Tu veux quoi que je vois s’ils acceptent de servir un truc »
Moi : « bon ben on va prendre 3 burgers »

Ca dénote car le style direct norvégien ne s’accorde pas du tout avec le lieu de « Grand restau New Yorlais ». Mais passé cet accueil chaleureux qui fait relativiser la critique régulière des serveurs français certes peu sympathiques mais dont un retard ne vous a jamais attiré de telles foudres, le reste se passe plutôt bien. Très bon burger, très bon cadre. On a même réussi à la faire sourire et se détendre un peu. Elle nous glisse en partant que maintenant qu’elle nous connaît, si on veut venir au petit dej demain sans réserver ce sera possible avec un petit clin d’œil.

Virginie remercie même la cuisine en voyant le cuisiner partir (fayotte).

Arrivés à l’appart, Noah fait des bonds dans tous les sens ? c’est vraiment sympa d’avoir un enfant enthousiaste. Il insiste pour nous fait faire le tour du propriétaire. C’est vrai l’endroit est top. Tant mieux ils annoncent de la flotte sur une grosse partie des 3 prochains jours. On va pouvoir rester en mode cocooning entre 2 sorties.