Journée bonus, dont on à l’intention d’en tirer le meilleur parti même si les 3 arrêts de travail simultanés en Sologne nécessitait plutôt qu’on se dépêche de rentrer.
Un grand merci aux fainéants qui peuplent notre planète et plus spécifiquement en Europe là l’on est décidément beaucoup trop protecteurs de la paresse humaine. Après la grève à l’aéroport d’Oslo qui nous a coulé au sol, c’est doit chez Sixt que cela se passe, confirmant au passage sa réputation de pire loueur de la planète.
3 numéros de téléphone pour finir par avoir quelqu’un pour décaler d’une journée la location. Au lieu de le faire tout de suite, elle insiste pour que je lui envoie un mail pour cela. 1h après, elle me dit qu’elle ne répond par mail qu’elle ne pas le faire sans le numéro de réservation. C’est vrai que disposant de mon nom de famille + la date de retour alors que je parle avec le bureau Sixt de Kirkenes et qu’elle doit avoir 2 voitures en retour ça semble insurmontable sans… Je le lui communique par retour de mail, puis plus rien de la journée. Je réessaye vers 15h pour savoir ce qu’elle ne ait, pour qu’elle me dise qu’elle ne retrouve pas mon mail (celui-là même sur lequel elle m’a quand même répondu…) mais que pas de soucis, elle va le faire au téléphone. Tu veux dire comme ce matin quand je te l’ai demandé en somme… J’envisage de lui demander son CV pour la faire travailler à l’hôtel en Sologne. Elle a le profil.
Je demande une facture séparée de la journée en plus pour l’assurance. Bien sûr c’est impossible. Il faudra le faire au guichet demain. Pour la petite histoire, j’y suis allé pour rendre la voiture à l’heure où j’écris. Guichet fermé, téléphone indiqué en cas d’absence ne répond pas. And the winner is ??? Sixt … Seven.
Oublions ces tracas. J’avais donc planifié la journée comme suit :
Visite de Andersgrotta à Kirkeness à 12h30 (celle qu’on n’avait pas pu faire hier vous vous rappelez car il n’y a qu’une visite par jour à 12h30 précise), puis on partait à la frontière russe à King’s chapel à 1 grosse heure de route de là. La particularité étant que d’un côté du fleuve on est en Norvège, de l’autre en Russie. Les pêcheurs se prenant la tête (c’est étonnant cela) et s’accusant mutuellement de pêcher dans les eaux de l’autre pays, cette chapelle avait été construite pour donner un point de repère aux marins. A gauche, c’est la Norvège. A droite c’est la Russie. Et dieu vous observe bande de crétins si vous ne respectez pas la règle. En tout cas, de là, il y avait une belle plage où on pourrait pique-niquer et une balade de 45 minutes d’où on pourrait voir de loin un village russe.
Noah, lui, voulait plutôt faire une balade avec les Husky. Mais je trouvais les gens qui s’en occupaient moins sympa et je n’avais pas trop envie de payer assez cher (on est en Norvège) pour vivre une expérience qui s’annonçait moins bonne et probablement déceptive. Autant rester sur un bon souvenir
J’avais donc vendu le côté historique à Noah de la visite et, preuve de grande maturité, il avait accepté à la condition qu’on aille avant et après voir ses Husky préférés. Deal !
On commence par jeter un oeil au Snow Hôtel lui-même qu’on n’avait pas encore visité. Hôtel de glace désormais accessible toute l’année pour y dormir. Et bien, force est de constater qu’on est bien content d’avoir pris le bungalow et de ne pas avoir été se peler dans une de ces chambres. On en ressort frigorifiés et avec des frissons d’y avoir échappé.



Arrivés aux Husky, chacun reprend ses petites habitudes. Virginie jette son dévolu sur Barcelona, Noah sur Vjork (orthographe incertaine). Moi sur Dolly. Une famille se pointe alors que je pars me changer car il faisait trop froid pour ce que j’avais pris (c’est-à-dire rien, j’avais littéralement tout oublié). Quand je reviens, Virginie papote avec le mec. Pas sympathique pour deux sous, ils viennent eux de Russie (sa femme est russe) et ils ont traversé la frontière. Il finit d’instiller le doute dans la tête de Virginie sur la dangerosité et l’inintérêt d’y aller.
Du coup ça fiche tout mon plan de l’après-midi à l’eau. On va donc se concentrer sur la Visite de Andersgrotta pour l’instant.







Arrivés sur place à 12h20, c’est le désert absolu dans les rues, mais, plus inquiétant, également devant la porte blindée close de l’abri. Personne à l’horizon. Je ne miserai pas un Kopeck sur le fait qu’on va réussir à entrer. Ca sent le saumon cette histoire, je vous le dis… On erre donc comme des âmes en peine, Noah me demandant de le pousser du pied pour qu’il dévale la pente en roulant dans une pente pour faire passer le temps, tandis que Virginie se lance dans met observation du 3ème type avec un écureuil. Tic tac, Il est bientôt 12h30….



Et puis, des ténèbres vient toujours la lueur pour qui sait se montrer opiniâtre, … Un guide de l’hôtel arrive. C’est lui qui va faire la visite, visite qui devient vite privée car il est 12h30 et personne d’autre que nous ne s’est pointé.
Et c’est tant mieux car non seulement cela va être absolument génial mais en plus on va en profiter tranquille.
Notre guide est allemand. Il est arrivé ici un peu par hasard. Fou de vélo il était venu d’Allemagne et fasciné par cet endroit chargé d’histoire de la seconde guerre mondiale il s’est installé ici. Il en est à sa seconde saison et n’est pas pressé de repartir même s’il rêve un jour de faire la route de 10 000 km en vélo qui part d’ici jusqu’aux confins de l’Asie. Il est très touchant. On sent qu’il est ému quand il raconte l’histoire de la ville. Je me suis demandé s’il nous a vraiment tout raconté. Il serait le fils d’un soldat allemand et d’une norvégienne, ou en tout cas d’un soldat ayant été stationné là, que cela ne m’étonnerait pas à la réflexion.
Pour entrer dans les tunnels, on ouvre la porte de AndersGrotta. Cette porte n’était pas blindée à l’origine. Elle a été rajoutée 10 ans plus tard pour servir d’abri atomique au plus fort de la guerre froide. Aujourd’hui, un autre abri atomique moderne permettant d’accueillir 4 000 personnes en toute autonomie pendant près de 2 semaines a été construit sous une colline non loin de là. Cela montre la prévoyance des norvégiens et nous renvoie à notre propre impréparation et aveuglement face aux décennies futures.
La porte d’origine de l’abri était en bois Le mur construit juste devant permettant en cas d’explosion d’une bombe de dévier le souffle et les débris de l’explosion tout en réduisant le risque de bloquer l’issue ou de détruire l’abri.

On pénètre donc dans la grotte par un court escalier surmonté d’un drapeau Norvégien. En bas, un coffre avec des couvertures. Il nous invite à en prendre car il fait 1 degré à l’intérieur. Comme il aime à le rappeler, la température à l’intérieur ne bouge que de quelques degrés durant l’année. Aussi à cette période on gèle en rentrant mais dans quelques mois, on gèlera en sortant.

Une carte et quelques photos couleur sépia sont disposées le long du couloir creusé dans la roche ; On s’y attarde pour mieux comprendre le côté chargé d’histoire dans lequel on se trouve. J’avoue mon ignorance car quand j’avais voulu aller à Kirkenes c’est le côté bout du monde près de la frontière qui m’attirait sans connaître l’importance stratégique du lieu pendant la seconde guerre mondiale.
Il faut remonter en 1900. A cette époque, Kirkenes est un simple village de pécheurs. A 45 km de la haute mer, il ne constitue pas un port de pêche particulièrement propice, aussi à peine quelques centaines d’âmes y vivent. Mais à partir de 1910 on commence à pouvoir y exploiter le fer découvert à la fin du siècle. La mine offre de grandes perspectives de richesse et Kirkenes devient rapidement attractive et se développe pour atteindre près de 9 000 habitants. Plutôt riche, les bâtiments y sont cossus, et Kirkenes devient l’une des toutes premières villes de Norvège desservie en électricité, car pour faire tourner la mine, ils ont construit près du port une centrale thermique.
Sur le plan géopolitique, la région de Kirkenes va se retrouver à partir de 1940 à la jonction d’enjeux tout à fait extraordinaires quand on pense qu’elle est perdue aux confins de l’arctique
Située à quelques kilomètres de la Finlande et de la Russie, elle jouxte à partir de 1920 le corridor de Petsamo, cette langue de terre qui par endroit ne dépasse pas 20 km de large, et que la Russie cède à la Finlande en contrepartie d’un territoire dans le sud – la Carélie – pour mettre un terme au conflit qui les opposait.
Ce corridor est stratégique pour la Finlande car il donne un accès à la Finlande à la mer de Barents. Mais ceci va le devenir encore plus lorsqu’une année plus tard, les finlandais y découvrent de vastes gisements de Nickel. Les russes sont fous de rage.

C’est dans ce contexte que la guerre d’hiver entre la Russie et la Finlande éclate en 1939 en marge de l’agression de la Pologne par l’Allemagne. Ce « conflit dans le conflit » force la Finlande à signer une paix en mars 1940 avec la Russie au cours de laquelle elle abandonne 10% de son territoire aux Russes. Particulièrement vulnérable, la Finlande se rapproche de l’Allemagne pour trouver un protecteur contre la Russie. Elle va ainsi autoriser les allemands à venir sur son territoire et exploiter notamment les mines de Nickel. En 1941 lorsque l’Allemagne se retournera contre les russes et déclenchera l’opération Bararossa, la Finlande rentrera en guerre aux côtés de l’Allemagne.
Cette collaboration avec le régime nazi sera longtemps controversée. La Norvège et une grande partie des européens considérant que la Finlande a été alliée de l’Allemagne au même titre que l’Italie. C’est le cas des Anglais qui entreront d’ailleurs en guerre contre la FInlande. D’autres pays comme les Etats-Unis, adopteront une position plus mesurée.
A la fin de la guerre, les Finlandais défendront l’a thèse de la guerre séparée contre la Russe sans épouser les thèses nazies. Et en 1944 lorsque la Russie envahira à nouveau la Finlande, retournera une nouvelle fois sa veste, et signera une paix avec Staline en échange de quoi elle se retournera contre les soldats Allemands dont de nombreux seront repoussés vers… Kirkenes.
Kirkenes se retrouvera ainsi pendant 5 ans au cœur du conflit, hébergeant jusqu’à 100 000 soldats Allemands dans une bourgade de 9 000 habitants. Pour Hitler il s’agit de sécuriser l’approvisionnement en fer (on parle de 25% du fer provenant de ces mines pour soutenir l’armée allemande) et celui des mines de Nickel avoisinante qui partent en bateau vers l’Allemagne.
Lorsqu’il rentre en guerre contre la Russie en 1941, Hitler utilisera Kirkenes comme tête de pont de ses armées pour tenter de s’approprier la ville russe de Mourmansk à 200 km de là, seul port permettant aux alliés de ravitailler la Russie en armes par les convois arctiques en période d’hiver, les routes étant coupées par la banquise. C’est l’opération Silberfuchs (qui veut dire Renard argenté). Hitler prévoit de prendre la ville en 2 semaines via une attaque éclair exploitant une route menant vers Mourmansk, sauf que celle-ci n’existe pas !! Cette erreur d’appréciation dans les cartes de la région les feront s’enliser 3 ans sur la Litsa à 50km de Mourmansk.
C’est cet enjeu stratégique qui va nous ramener à la fameuse AndersGrotta dans lequel nous nous situons. Carrefour stratégique de matière première d’approvisionnement des russes par les alliés et servant de base pour alimenter le front de Mourmansk, les russes feront de Kirkenes la seconde ville la plus bombardée après Malte de la seconde guerre mondiale, avec près de 300 bombardements subis en moins de 3 ans,
Devant cette ville dévastée, le maire négocia avec les autorités allemandes de construire AndersGrotta au seul bénéfice des civils, pour se protéger à partir de1941 des bombardements incessants. Les mineurs de la mine de fer viendront ainsi creuser pas moins de 400 mètres de galeries permettant aux habitants de s’y réfugier durant les bombardements.
Du fait de la proximité avec le front russe, les alertes émises de bombardement ne laissaient que 5 minutes aux habitants pour se précipiter, parfois 3 fois par nuit dans la grotte.




Jusqu’à 2 000 personnes s’y réfugiaient quotidiennement, mais rarement plus de 40 minutes d’affilé, soit à peine plus que la durée des bombardement car l’air y devenait irrespirable sous terre, sans électricité, avec des lampes qui elles mêmes consommaient le peu d’oxygène disponible. Les gens en sortaient en suffoquant du manque d’oxygène.
Le fait d’avoir entendu d’un Allemand cette histoire, seuls, dans une grotte 10 mètres sous terre enveloppés dans des couvertures avait quelque chose de vraiment poignant.
C’est ainsi que la quasi-totalité de la ville fut détruite pendant la guerre et que la reconstruction fut faite à la hâte dans un dénuement quasi-total. En ressortant, notre vision de la ville sans charme avait totalement changée. Elle portait les stigmates invisibles d’une histoire incroyable.
Du coup, on a eu envie de rester un peu dans la ville après ces émotions. On trouva le seul bar ouvert un dimanche à cette heure là pour y manger une pizza 2 fois plus grande que la déjà énorme pizza d’il y a 2 jours.

Retour à l’hôtel, pour une grosse séance de papouilles de Husky, chacun avec son chouchou. Puis balade dans le fjord, et pique-nique seuls au monde sur une avancée au milieu de rien. Repapouilles avant de finir la soirée en ville au Surf &Turf.
Super sympa d’autant qu’effet ou pas de la journée, on a eu un Noah très volubile. Nouvelle référence à batte pour Noah d’un bon dîner en famille.
En rentrant, on a maté Renne – PSG. 2-2 après avoir été mené 2-0 contre le cours du jeu, mais sauvé par un doublé de Ferran Torres – nouvelle recrue en provenance de Barcelone, champion du monde avec l’Espagne. A chaque fois, sur une passe magique de son compatriote Fabian Ruiz. Pas mal pour une première titularisation. Ici c’est …. PARIS, n’en déplaise à Jean-Louis.
