Ce matin, je poursuis mon multitasking matinal lorsque tout le monde dort. 1 écran sur la Sologne pour corriger les erreurs sur place liées au manque d’effectifs et piloter les prix et le remplissage ; 1 écran pour faire l’upgrade de version du blog (le plus touchy) ; 1 écran pour préparer la journée avec la météo qui me rend chèvre ; 1 écran pour écrie le blog.

Les signaux de la Sologne, commencent à se remettre un peu dans le bon sens (j’espère ne pas trop m’avancer) à l’exception d’un sale con (pas d’autre terme) qui a dîné le soir du service catastrophique en cuisine nous mets chaque jour un commentaire pourri sur un nouveau réseau. Lui sur Google, puis lui sur Tripadvisor, puis sa femme sur Google et maintenant lui sur un autre réseau dont je ne connaissais même pas l’existence. Un con de postier apparemment dont on a récupéré le nom. La vengeance est un plat qui se mange froid ? je vais lui filer une indigestion à la première occasion.

La mise à jour du blog progresse. A l’heure où j’écris ce soir, mon ami Claude finit de vérifier mais on a a priori enfin le plan de route testé sur le clone qui a permis de monter toutes les versions, php inclus. Reste plus qu’à le déployer en prod. 

Reste donc le programme du jour, qui est quand même le plus important. La météo a évolué depuis hier soir et plutôt dans le mauvais sens car même s’ils n’annoncent toujours pas vraiment de pluie, le soleil de l’après-midi semble avoir disparu au profil d’un nuage gris qui m’interroge. La rando Blavatnet prévue tire surtout son intérêt d’un beau ciel bleu pour avoir un lac de glacier bleu turquoise et force est de constater en regardant dehors à 8h30 ce matin qu’on est plutôt en plein brouillard londonien. Pas sûr que cela se lève.

Qu’à cela ne tienne, je n’ai pas vraiment de plan B pour la journée. On va faire comme prévu initialement. 15 minutes de voiture pour faire une petite marche, restau à 30 minutes de là, puis on tentera notre rando sur les coups de 15h en espérant que d’ici là le temps ce sera dégagé.

Arrivés à la courte marche de 30- 45 minutes qui est le début de la rando vers Jaegervatnet, premier problème. Autant ça se lève du côté du fjord, autant la rando part dans la direction opposée en plein dans le brouillard.

Je change de fusil d’épaule et propose d’aller au pif à pied le long du fjord vers les langues de ciel bleu. C’est sympa, il y a ici de vieilles fermes, des meules de foin sur lesquelles Noah s’amuse à grimper, puis en revenant sur nos pas ils se mettent sur la route avec Virginie et essayent de marcher droit les yeux fermés. C’est bien parce qu’on est en Norvège avec moins de 7 habitants au km2.

On reprend la route direction un petit restau sur la pointe nord, Emmer av Eliassen Matkunst (à vos souhaits). Sur la route, énorme barre de rire. D’abord ce que Virginie prend au loin sur la route pour des cyclistes s’avère être 2 rennes qu’on va suivre sur 50 mètres, ces derniers accélérant en trottinant tant bien que mal sur le bitume au fur et à mesure qu’on s’avance, puis 15 minutes plus tard, cette fois, c’est un grand renne, qui lui marche en sens inverse et va trottiner face à nous jusqu’à se déporter au dernier moment à moins de 3 mètres de notre capot.

Arrivés au restau celui-ci est totalement vide. On est les seuls clients. Le serveur qui nous accueille est du genre de celui du sketch des inconnus. Coiffé comme s’il sortait du lit, braguette ouverte (ca c’est Virginie qui a remarqué), reniflant de la morve. Vu que c’est le seul restau le mieux noté à 40 minutes à la ronde (et l’un des seuls ouverts), on décide de s’installer quand même. Léger moment d‘inquiétude de Virginie quand elle voit qu’il y a une carte courte avec en gros des moules et des crevettes. Si elles sont fraîches comme notre serveur on est bons pour être malades 2 jours.

Au final, tout s’avère délicieux, et je reste persuadé qu’il a oublié de nous compter la moitié car on s’en sort pour 55 € ce qui en Norvège à 3 pour un repas force l’admiration.

Entre temps, la météo s’est considérablement améliorée. Le seul endroit alentour ou il subsiste de gros nuages sont dans la direction de notre rando. Qu’à cela ne tienne we « stick to the plan » (the only plan).

La rando de Blavatnet est sur le papier une promenade de santé. 8km, 250 m de dénivelé. En fait, le sujet va s’avérer le sol sur lequel on marche. Passé le 1er kilomètre qui se fait principalement dans une forêt clairsemée proche d’une rivière et avec des passages marécageux que l’on traverse sur des planches de bois plutôt au sec, tout le reste de la rando va se faire sur le lit d’une grande rivière.

A la réflexion avec Virginie, on se dit que c’est typique des randos vers des lacs de glacier. On en avait fait une ainsi en Patagonie et une autre vers un glacier en Nouvelle-Zélande. Le glacier fond, il créé un lac juste en dessous qui déborde régulièrement en une grande rivière qui s’étend sur des centaines de mètres de large.

Et 10 millions d’années plus tard, tu te retrouves pour accéder au lac à devoir marcher sur un lit de cailloux pendant des kilomètres avec un glacier en face de toi dont tu as l’impression de ne jamais te rapprocher.

La marche est technique, tu dois regarder ou tu marches à chaque pas car les cailloux sont inégaux, et tu as un côté un peu rébarbatif car si le glacier en face de toi est magnifique, c’est ta seule vue sur des kilomètres à part quelques beaux specimen d’amanite tue-mouches.

Autre point désespérant, comme ça monte légèrement, tu n’as aucune notion de distance. Tu prernds un rocher comme repère qui semble indiquer que juste derrière tu auras enfin la récompense du lac en contrebas, mais chaque fois que tu as atteint le rocher, tu te rends compte qu’en fait tu as un nouvel horizon à perte de vue de cailloux avec au autre rocher qui devient ton nouveau point de repère.

Malgré cela, personne ne perd sa bonne humeur. Les nuages se dissipent en grande partie et il ne reste que des langues de nuages qui passent juste en dessous ou juste au-dessus du glacier. Impossible de savoir si cela sera suffisant pour que le lac soit d’un bleu turquoise à la fin et j’hésite à vendre l’idée à Noah de crainte qu’il soit déçu à l’arrivée avec comme seule perspective de remanger du caillou sur tout le retour.

Bref, après une montée quasi sans s’arrêter, nous atteignons enfin le graal. Après avoir escaladé une dernière barre de rochers, notre lac magnifique (ouf) s’offre enfin à nous. On a souffert, mais ça valait vraiment le coup. Toute la fatigue et la frustration s’est dissipée.

Noah gambade sur les 100 derniers mètres, escaladant les derniers rochers puis se rapproche du bord et va mettre la main dans l’eau. Ce qui rend le lieu magique, c’est que sur les premiers mètres l’eau arrive aux mollets et est totalement translucide, prenant la couleur gris clair de la roche, puis le bleu devient limpide avec la profondeur, et enfin turquoise jusqu’au pied du glacier, le tout sur un lac qui fait plusieurs centaines de mètres de large et un bon  kilomètre de long.

Noah envisage déjà d’aller nager dedans et enlève chaussures et chaussettes avant même qu’on n’ait eu le temps de l’en dissuader. On voit bien du glacier les cascades d’eau qui ruissellent dans le lac. L’eau ne doit pas dépasser les 2 degrés max.

Un ado en maillot de bain décide de se jeter à l’eau. Il s’est avancé préalablement sur un rocher à la limite de pente, aussi en moins de 2 mètres il arrive à s’immerger totalement dans l’eau, y reste 30 secondes et en ressort congelé.

Cela encourage plus Noah que cela ne le dissuade. Un peu plus loin, un adulte cette fois part du bord, traverse doucement avec de l’eau jusqu’aux chevilles sur une dizaine de mètres, puis s’immerge dans l’eau, en ressort là aussi quelques seconde plus tard, puis on l’entend souffler comme un bœuf de plus en plus fort tandis qu’il tente de rejoindre le bord du lac, de l’eau seulement au niveau des chevilles. Le choc thermique est violent.

Là, Noah se ravise sur l’idée de se baigner mais commence à se chauffer sur l’idée qu’on aille tous les deux sur un rocher qui va nécessiter d’être avec de l’eau jusqu’au genou pour lui et jusqu’au mollet pour moi sur une dizaine de mètres. Virginie qui a senti comme moi l’idée débile, refuse. Moi je me laisse embarquer en soutien.

Noah y va en premier, atteint le rocher et peine à le gravir. Je ne peux plus me débiner, je me lance. Pendant les 3 premiers mètres objectivement, tu te dis, pourquoi pas. Mais arrivé au 1er tiers, tu sens des coups de poignards dans les pieds. Le sol du lac est composé des mêmes cailloux tantôt pointus, tantôts plats, tantôt petits tantôt grands, qui avec les chaussures faisaient déjà mal, mais qui pieds nus quand tu es transit de froid devient difficilement supportable. Je tente de faire bonne figure sans accélérer le rythme alors que toute mon âme me hurle de sortir de là au plus vite, Virginie filmant et se foutant gentiment de moi avec ma démarche de canard. 

Arrivé au rocher qui n’est pas à plus de 60 cm au-dessus de l’eau, je comprends la difficulté qu’avait Noah à monter. Les pieds congelés tu ne sens plus rien. On dirait un enfant qui apprend à marcher. Je me hisse tant bien que mal à côté de Noah. L’horreur.

Passé la minute à remettre le cardio à la bonne vitesse, j’avoue qu’être sur le rocher, là, tous les deux, c’est vraiment génial.

Mais comme chaque aller à son retour et que nous n’allons pas pouvoir attendre la marée basse pour revenir sur la berge, on finit par se résoudre à y aller. Je ne sais objectivement pas comment Noah y arrive. On va dire que les terminaisons nerveuses des enfants doivent être moins développées.  Moi, quand j’y retourne, j’ai encore les pieds froids de l’aller, et je sais très bien ce que je vais devoir endurer.

Néanmoins, toujours avec le sourire parce que l’honneur de la France est en jeu et que je ne vais pas souffler comme un bœuf comme l’autre touriste, je me lance. Objectivement je ne sais toujours pas comment j’ai fait sur les 3 derniers mètres pour rester stoïque comme si de rien.

Noah : « on le refait ? ». Sûrement pas.

On va rester une bonne heure là bas, ne nous lassons pas de la couleur de l’eau et du spectacle qu’offre ce glacier. Au moment de repartir, Noah a la bonne idée de suivre le cours de la rivière qui part du lac. C’est vraiment chouette car on va se retrouver à marcher de rochers en rochers avec la rivière qui coule sous nos pieds sans le moindre risque de se gaufrer au vu du faible espacement entre les rochers. Puis on finira par une zone de berge faite en partie de mousse et de cailloux épars qui va grandement faciliter le retour.

3h plus tard, l’avis est unanime, la difficulté de l’aller est oubliée. On se sera régalé.