
Changement d’hébergement ce matin. Direction Fjordgård. « Papa c’est où ? ». Je l’emmène au niveau de la baie vitrée de l’appartement. Du doigt, je lui montre un petit village de l’autre côté du fjord. « C’est là ». « Sérieux ? » « Oui ».
A vol d’oiseau c’est à moins d’1 km je dirai. Mais c’est à 37 minutes de voiture. J’ai choisi cet hébergement pour 2 raisons. La variété pour ne pas rester 5 jours au même endroit tout d’abord, puis parce que c’est à 5 minutes à pied du départ de 2 randos que j’aimerai bien qu’on puisse faire. Hesten et Barden. Toutes deux mènent à des vues du mythique sommet du coin, Segla. De plus, chaque village a sa supérette et son restau, cela permettra de varier les plaisirs ne plus de réduire les temps de route dans la journée.


La fenêtre météo aujourd’hui est meilleure qu’hier (en même temps difficile de faire pire qu’une journée de pluie quasi ininterrompue). Dès 9h ça devrait se lever et grand beau tout le reste de la journée. On a donc du temps.
Noah souhaite absolument retourner là ou on était hier, à la pointe de Husoy, pour aller voir les vagues. Virginie qui n’a pas trop envie de réitérer l’expérience boueuse du trajet se propose d’aller faire les courses pour les 2 prochains jours. Chacun part donc à pied dans les directions opposées avec la promesse de se retrouver d’ici 45 minutes.
Malgré la flotte d’hier, le peu de soleil de ce début de matinée a bien séché la zone. Rien à voir avec hier ou Noah c’était gamellé. On va donc jusqu’au phare sous un soleil qui commence à disperser les derniers nuages, puis, contrairement aux autres qui s’arrêtent au bout du chemin on poursuit à travers les roches pour se rapprocher de la mer. Noah en poisson pilote passe devant et escalade de rochers ne rochers pour aller de spots en spots avec toujours la même frénésie de voir les vagues s’écraser contre les rochers et l’écume jaillir de toute part.
On passe un super moment juste tous les deux avant de revenir tranquillement vers le restaurant où nous attend Virginie. Plein d’essence dans le port à la seule station service à 50km à la ronde et nous voici partis vers Fjordgård, enquillant les tunnels à une voie en forme de tube. Un peu flippant, mais on s’y fait.






La route vers Fjordgård nous mène à travers de grandes forêts de bouleau. on voit régulièrement des arbres morts encore sur pied comme les vestiges d’un ancien feu. En réalité, c’est le fruit d’attaques régulières de chenilles de papillons de nuits qui déciment les arbres.Elles défolient els arbres et si cela se reproduit plusieurs années d’affilées, l’arbre finit par mourrir ce qui donne ce paysage d’arbres morts au milieude forêts vivantes.
12h15 nous voici arrivés à Fjordgård. Charmante bourgade de petites maisons de poupées avec ces Privat / no parking récurrents qui ne cesse de nous éloigner du point de départ de la balade tant est si bien qu’on finit par se garer à notre maison. La propriétaire qui est en train de faire le ménage nous accueille gentiment. Et nous voici partis pour Hesten à pied.



Ce sera une belle rando challenging (les 2 plus difficiles du coin avec Segla), mais pas la plus belle du séjour pour 2 raisons. Tout d’abord le monde. Avec un ciel désormais bleu azur suivant la journée cataclysmique d’hier, tout le monde est de sortie. D’autre part, les randos Hesten et Segla sont les plus connues de la région.
Ceci nous permet assez rapidement de conceptualiser une constatation mondialement répandue à savoir que plus il y a de monde, moins les gens sont sympathiques. D’une part, aux « vrais randonneurs « se mêlent une population de touristes plus ou moins bien équipés et plus ou moins heureux d’être là. D’autre part, on retrouve une atmosphère de ville vous savez où tout le monde se croise mais sans exprimer le besoin de recréer un contact humain qu’on ne retrouve que quand on se retrouve réellement isolé dans la nature.
A quoi reconnait on donc un vrai randonneur d’un mauvais randonneur. Et bien c’est un peu comme le bon et le mauvais chasseur vous voyez ? Le bon chasseur, il voit un animal et il tire. Alors que le mauvais chasseur, il voit un animal, bon, il tire, mais c’est pas un bon chasseur. Le bon randonneur, il voit le chemin, et il monte. Le mauvais randonneur, il voit aussi le chemin, il monte, mais c’est pas un vrai randonneur. Amitiés à ceux qui ont la référence.
Toujours est-il que par rapport à la rando d’avant-hier, Hesten c’est à peu près le même dénivelé, soit 560 mètres, mais en seulement 4 km, soit une distance deux fois moindre. Donc pour Noah qui révise ses angles et fractions en ce moment, cela représente une pente moyenne de 28,6 degrés. Va falloir être costaud sur les jambes.
Vous l’aurez compris, le costaud sur les jambes ne s’applique pas à Noah qui a l’air de gambader comme s’il était sur du plat en mode lapin Duracell, mais pour ses vieux parents qui sont eux, bien conscient de la gravité en plus de porter le paquetage.
On n’aura connu le plat objectivement que sur 100 mètres arrivés au pied du pic de Segla pour s’éloigner du chemin et admirer le point de vue. Tout le reste, part au début un bref passage sur des planches en bois pour éviter les tourbières, ce sera de la montée, rien que de la montée.


C’est donc un bel effort physique, une belle préparation pour la reprise du foot en septembre pour les garçons et pour les fessiers de madame, mais tu as un peu la tête baissée tout à ta peine pendant la première 1h30 et, vous l’aurez compris, avec pas mal de mauvais randonneurs qui ne répondent peu ou pas à nos hello.
Arrivés au view point de Segla, force est de constater que c’est beau et assez atypique comme sommet. On ne le voyait pas ainsi d’en bas, mais avec cette perspective quand on est au pied, c’est une aiguille particulièrement étroite qui se dresse devant toi comme l’avant d’un bateau.
Ce qui rend la configuration atypique, c’est sa composition de Gneiss et d’un peu de granite. Le granite, tout le monde connait, c’est de la roche magmatique. Mais le gneiss c’est la roche originelle datant de près de 2 milliards d’années formée dans les profondeurs de la terre que la tectonique des plaque fait progressivement remonter à la surface. Aussi quand on regarde Segla, on voit une roche de 2 milliards d’années que l’érosion des glaciers a mis à nu et sculpté avec le temps. Ramené à l’âge du soleil de 4,7 milliards d’années ça laisse rêveur. A peine 2 fois plus jeune que le soleil. Bel endroit pour notre pique-nique en famille sur une roche à l’écart des mauvais randonneurs.









Je jette régulièrement un œil pour monitorer le flux de randonneurs qui monte. Quand le sommet semble enfin dégagé du monde, car au niveau ciel on frise le bleu azur désormais, on remballe et on reprend les 150 dernières mètres de dénivelé qui nous amènent pile sur la crète à mi-chemin entre le mont Hesten et Staveltippen. Petit moment de quiétude à regarder le paysage qui s’offre à nous, sur un rocher, les pieds se balançant dans le vide.







Là aussi on pourrait faire l’extra mile jusqu’au sommet de Hesten en longeant la crète puis en allant ensuite escalader les rochers, mais c’est un peu casse-gueule et on ne trouve pas que les sommets sont finalement les panoramas les plus intéressants. On opte donc pour une redescente tranquille vers Fjordgard.



Arrivés ne bas, on se récompense de nos efforts avec une boisson fraîche et une glace sur le petit rooftop terrasse du seul café du coin. Très peacefull.Noah s’allonge sur mes genous pour des papouilles, puis se met à jouer sur un casse-tête.


Retour 1h à la maison, puis en fin de journée, on ressortira jeter un œil au sauna flottant (pas génial car situé dans le port, donc on fera l’impasse. En revanche après la jetée quand on prolonge à la sortie du village il y a une petite plage et une très belle vue sur tous l’horizon sous une belle lumière du soir.









Soirée cinéma à la maison devant les enfants de la résistance (que Noah avait lu en BD), puis partie de Yams ou Virginie va déchirer avec 301 points pour faire passer un peu la fin du film ou le père se fait fusiller juste avant de nous coucher. De toute façon demain, c’est jour de flotte a priori, donc on a tout notre temps.
